Rafale F3 et AREOS Reco NG : la reconnaissance du XXIe siècle

15/02/2011

La nacelle AREOS Reco NG fait entrer la France dans le monde de la reconnaissance 100% numérique. Elle offre également au Rafale un équipement essentiel de son standard F3.

Avion omnirôle, le Rafale a déjà à son actif le remplacement de plusieurs types d’appareils de combat, aussi bien pour l’armée de l’Air que la Marine. Un mouvement qui va se poursuivre dans les années à venir avec le retrait de service, pour la France, des derniers Mirage F-1, des Super Étendard Modernisés et des plus anciens des Mirage 2000. Dans son standard F3, le Rafale va donc reprendre à son compte la mission de reconnaissance, utilisant pour cela un équipement spécifique : la nacelle AREOS Reco NG développée par Thales.

A ce jour, douze nacelles ont été commandées par l’armée de l’Air et huit par la Marine, plusieurs campagnes d’appontage et de catapultage ayant permis de valider son emploi sur porte-avions.

Capacité tactique et stratégique

L’AREOS Reco NG mesure 4,6 mètres de long et pèse 1 100 kg, ce qui la rend compatible avec le Rafale mais aussi, le cas échéant, avec le Mirage 2000. A l’avant, le bloc optique du capteur HA/MA (haute altitude/moyenne altitude) permet la prise de vue photographique à moyenne portée ou bien à longue portée et distance de sécurité. L’AREOS Reco NG a des portées d’identification de plusieurs dizaines de kilomètres, soit deux à trois fois plus que ce que permet la nacelle Presto actuellement utilisée en opérations en Afghanistan sur les Mirage F1CR.

A l’arrière de l’AREOS Reco NG, le capteur basse altitude permet de photographier d’horizon à horizon à seulement 60 mètres du sol et à des vitesses très élevées. Qu’elle travaille en mode «ponctuel », «couverture de zone» ou encore «suivi d’itinéraire », la nacelle fonctionne automatiquement et connaît en permanence sa position précise dans l’espace, ce qui lui permet de gérer, en roulis et en tangage, le pointage des optiques.

Elle utilise pour cela les informations transmises par sa propre centrale à inertie, corrélées avec celles fournies par le système de navigation et d’attaque (SNA) de l’avion porteur. Dès la prise de vue, les images réalisées sont automatiquement calquées sur un modèle numérique de terrain, référencées géographiquement et assemblées pour former une mosaïque complète de l’objectif.

Elles sont ensuite stockées dans la nacelle sur un disque dur et peuvent être envoyées, en temps réel, par une liaison hertzienne haut débit vers une station sol de réception et de traitement des images.

Un mode vidéo est aussi disponible en jouant sur la succession des images, tandis que la mesure du déplacement d’un mobile d’une image à l’autre peut permettre d’estimer sa vitesse.

La centaine de vols réalisés dans le cadre de l’expérimentation technico-opérationnelle a permis au CEAM de valider le fonctionnement des capteurs et l’emploi tactique en liaison avec son porteur, le Rafale(1).

Les vols ont couvert des scénarios des plus classiques aux plus innovants, comme par exemple le travail sur des objectifs d’opportunité avec une réassignation de tâche de l’avion en plein vol, via la liaison de données L16.

« Le fonctionnement est extraordinairement simple, souligne le lieutenant-colonel Jean-Philippe Scherer, officier responsable du programme AREOS Reco NG au CEAM. L’équipage voit apparaître sur sa cartographie numérique un pointeur avec une demande de mission. Il lui suffit alors de signifier l’acceptation de la mission et d’asservir la nacelle au pointeur. C’est rapide, facile et sans risque de méprise puisqu’il n’y a aucun échange radio ».

Unique au monde

Les équipages du CEAM qui ont eu l’occasion de pousser le duo Rafale-AREOS Reco NG dans ses derniers retranchements ne cachent pas leur satisfaction.

« La qualité des images obtenues de jour est excellente, note le lieutenant-colonel Scherer. Nos objectifs pour l’imagerie de nuit, et notamment le travail en infrarouge en longue portée, étaient aussi très ambitieux. Les premiers résultats sont encourageants mais nous attendons de nouveaux réglages pour atteindre de meilleures performances ».

Avec cette double capacité, tactique et à très longue portée, de jour comme de nuit, le couple Rafale F3/AREOS Reco NG est aujourd’hui sans concurrent dans le monde. Les premiers équipages des unités opérationnelles ont été formés au sein du CEAM au cours de l’été. Quelques semaines plus tard, une première capacité restreinte était atteinte pour des missions adaptées, par exemple, aux théâtres d’opérations extérieures. Cette capacité se concrétise par la présence de la nacelle sur le porte-avions Charles-de-Gaulle. L’emploi en mode suivi de terrain et vol de pénétration, dont la complexité se rapproche de celle de la mission nucléaire, sera ouvert à son tour en fin d’année.

Il sera alors possible de prononcer la mise en service opérationnelle de la nacelle. « Il s’agit d’un outil très attendu, une brique essentielle du Rafale au standard F3 » conclut le lieutenant-colonel Scherer.

Notes : (1) – Rafale Air ou Rafale Marine, l’un et l’autre au standard F3.

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