A propos du Livre blanc sur la défense chinoise

4 avril

Par Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’IRIS

Le 30 mars 2011, comme tous les deux ans depuis 1998, la Chine a publié son Livre Blanc sur la défense. Celui-ci arrive alors que grandissent les inquiétudes suscitées, en particulier en Asie de l’Est et du Sud-Est, par la montée en puissance de l’Armée Populaire de Libération. Les derniers temps ont été marqués par l’affichage de nouvelles armes, les augmentations du budget de défense, des discours parfois très agressifs révélant des stratégies plus lointaines et quelques incidents.

Le discours tenu dans le Livre Blanc essaie donc de conjuguer la fierté d’une montée en puissance et le désir de rassurer. On aura plus de mal à y trouver une transparence dont l’absence est régulièrement reprochée à la Chine. En introduction, l’analyse de la situation internationale est un appel à la multipolarisation et à la stabilité dans un monde plus complexe. Elle se félicite de l’amélioration des relations avec Taïwan, tout en stigmatisant les ventes d’armes par les États-Unis, avec lesquels le dialogue est cependant présenté comme très important. Fait nouveau, les inquiétudes liées aux séparatismes ouïghour et tibétain sont clairement indiquées. Bien entendu, on réaffirme la vocation strictement défensive des forces chinoises, en mettant surtout l’accent sur leur rôle dans la préservation de l’intégrité territoriale et la « stabilité intérieure ».
La modernisation des forces fait l’objet d’un chapitre important, où « l’informationization » tient une grande place ainsi que l’usage de moyens asymétriques et/ou non conventionnels. Bien que le paragraphe initial mette l’accent sur le caractère strictement défensif des forces, la capacité de projection se retrouve dans de nombreuses mentions, ce qui est cohérent avec les caractéristiques des armements en cours de développement. Manœuvres à longue distance, frappes dans la profondeur et projection de force pour l’Armée de Terre. Stratégie de défense au large, contre-attaques, missions de longue durée et capacités d’opérer à longue distance pour la Marine. S’il n’est pas fait mention d’emploi à longue distance pour l’Armée de l’Air, les performances qu’aura le futur avion de 5e génération en font clairement un avion ayant pour vocation première l’intervention loin de ses bases. On note enfin la volonté de gérer l’information et l’interarmisation, une meilleure prise en compte qualitative des personnels et le besoin d’améliorer le soutien logistique.

Le chapitre consacré à l’emploi des forces met d’abord l’accent sur leurs rôles à l’intérieur du pays et sur les frontières, qu’il s’agisse de prévention des intrusions, de police ou d’aide aux populations. A l’international, l’accent est mis sur la participation, toujours plus importante, aux opérations de l’ONU, à celles dans le Golfe d’Aden, aux exercices internationaux, principalement basés sur le contre-terrorisme, les opérations de secours et l’intervention dans les catastrophes naturelles.

Les capacités de mobilisation, les réserves et la Milice sont présentées de manière assez complète, ce qui semble indiquer qu’elles ont enfin acquis un vrai statut. Le chapitre suivant est d’ailleurs consacré aux fondements législatifs de l’APL, confirmant l’important travail qui se fait actuellement dans ce domaine.

Les très importantes réformes de la base industrielle et technologique de défense sont ensuite présentées, en mettant l’accent sur l’innovation, qui demeure le point faible de toute l’industrie chinoise. L’importance pour la défense des rapports entre industrie civile et militaire ainsi que les coopérations internationales est bien soulignée. Le chapitre traitant des dépenses de défense est bref, affirmant que les augmentations de budgets sont modérées et raisonnables, alors que le budget officiellement annoncé a augmenté en moyenne de près de 13% par an depuis 1989.

La nouveauté de ce Livre Blanc 2010 est l’importance accordée aux mesures de confiance. Divers dialogues sont cités : dialogue stratégique, principalement avec les Etats-Unis et la Russie ; dialogue sur les frontières, car des problèmes demeurent avec pratiquement tous les pays limitrophes ; dialogue sur la sécurité maritime, les voisins de la Chine étant, à juste titre, inquiets de sa conception de la délimitation des zones de souveraineté maritime. La participation à des instances régionales, principalement l’Organisation de sécurité de Shanghai, seule alliance à connotation militaire dont fasse partie la Chine, est également évoquée. Le cadre des accords internationaux est enfin présenté. Pékin se présente comme étant un farouche partisan du désarmement nucléaire, à condition que les autres fassent les premiers pas. Il rappelle qu’il a soutenu les zones exemptes d’armes nucléaires et qu’il s’oppose fermement aux défenses antimissiles. On évoque aussi la non-prolifération, les armes biologiques et chimiques, les armes conventionnelles, les mines anti personnels, la démilitarisation de l’espace et la transparence en matière de déclaration de dépenses militaires et d’exportations d’armement. Dans la plupart de ces domaines, le Livre Blanc déclare une bonne volonté qui n’est pas corroborée par les faits.

L’édition 2010 de cet exercice biennal veut donc rassurer. Il n’est pas certain qu’il y parvienne tant que certaines revendications et surtout certaines réalités contrediront la bénévolence annoncée.

Source:

http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article4907

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