Avions de combat : finale 100 % européenne pour l’appel d’offres géant en Inde

28/04/11 | 19:16 | Alain Ruello et Patrick de Jacquelot

Sur les six candidats en lice, le ministère de la Défense a retenu le Rafale et l’Eurofighter. Le F-16 et le F-18 américains n’ont pas passé les tests techniques. Reste à voir si l’appel d’offres, évalué à 10 milliards de dollars, ira à son terme, compte tenu des risques de recours.

Coup de théâtre en Inde. A l’issue d’une campagne de tests techniques très poussés, le ministère de la Défense indien a retenu le Rafale du français Dassault et l’Eurofighter du consortium germano-britannico-italien EADS-BAE Systems-Finmeccanica en finale de l’appel d’offres pour l’acquisition de 126 avions de combat. Exit le Gripen du suédois Saab et le Mig 35 russe. Mais surtout, exit les deux appareils américains en lice, le F-16 de Lock-heed Martin et le F-18 de Boeing, quitte, pour New Delhi, à infliger un sérieux camouflet à Washington.

L’information, qui avait fait l’objet de fuites sur des sites Internet spécialisés (« Les Echos » de mercredi), a été confirmée ce jeudi par les industriels. Saab a le premier reconnu sa défaite, suivi par les Etats-Unis via leur ambassadeur sur place. Les Russes n’ont pas réagi. Du côté des « vainqueurs », en revanche, on attendait encore ce soir une confirmation officielle du client pour réagir.

Dans les milieux de la défense, cela faisait plusieurs semaines que le Rafale et l’Eurofighter étaient donnés gagnants. Mais dans un pays où tout prend beaucoup de temps, plombé par des scandales de corruption, il n’y avait pas grand monde pour parier que les autorités parviendraient à faire une sélection. De nombreux observateurs rappellent à juste titre qu’il a fallu des années pour lancer la compétition. Même en Europe, Louis Gallois, le président exécutif d’EADS, et Charles Edelstenne, son alter ego de Dassault, ont fait part publiquement de leur scepticisme sur une décision rapide.

Le poids croissant des émergents

Par son importance – on évoque le chiffre de 10 milliards de dollars -, l’appel d’offres indien est le plus important du moment en matière d’avions de combat. Il consacre un peu plus l’importance que prennent les pays émergents alors que les Occidentaux taillent dans leurs budgets de défense. Pour New Delhi, il s’agit d’assurer sur le long terme la prédominance de son armée de l’air, composée principalement de vieux Mig 21 et d’une cinquantaine de Mirage 2000, face au Pakistan qui a fait le plein de F-16 modernes. La militarisation grandissante du voisin chinois joue également.

Habitué des finales (toutes perdues jusque-là), le Rafale a pour lui d’indéniables chances. En Libye, l’avion fait preuve actuellement de l’étendue de ses capacités en combinant des missions de défense aérienne, de renseignement ou de frappe au sol. Il a également démontré son potentiel en Afghanistan. « Tout son système d’armes a été développé de façon cohérente », explique un spécialiste. Si en plus les négociations avec les Emirats arabes unis aboutissent, la modernisation à mi-vie de l’appareil sera facilitée.

Chez Eurofighter aussi on ne cache pas sa satisfaction. Et pour cause : c’est la première fois que l’avion parvient en finale d’un appel d’offres. Par rapport à son concurrent français, il affiche des performances inférieures en termes d’armement. Il ne peut donc pas se prévaloir du même tableau de chasse puisqu’il n’a été engagé qu’en Libye, et encore, pas pour des missions offensives. Le financement de ses évolutions (notamment du radar) pose encore problème, Londres, Berlin et Rome renâclant à mettre la main à la poche. Mais le fait qu’il ait réussi à se qualifier montre qu’il a fait d’indéniables progrès depuis son élimination en Corée, à Singapour, ou encore au Brésil.

C’est donc une victoire incontestable pour l’industrie européenne. A condition que la procédure aille à son terme. Il faut encore départager les deux concurrents sur le prix et les compensations industrielles. Une signature de contrat demandera donc un an au moins. Surtout, la possibilité qu’un des perdants dépose un recours et ramène tout le monde à la case départ est déjà dans toutes les têtes .

Alain Ruello avec P. d. J.
(À NEW DELHI)

Source : les échos.fr

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