Poussés par l’Etat, Safran et Thales discutent à nouveau

27/04/11 | 07:00 | Alain Ruello

Safran-Thales, c’est reparti ! Un an après l’avoir refermé, l’équipementier aéronautique et le groupe d’électronique ont rouvert l’épineux dossier du rapprochement de leurs actifs militaires. L’initiative en revient à Alain Juppé durant son court séjour à la tête du ministère de la Défense, Gérard Longuet ayant repris le flambeau. Bercy pousse également à la roue. « Les discussions ont repris sur un mode constructif », confirme-t-on au sein des pouvoirs publics. « Des équipes travaillent sur le sujet au sein des deux entreprises », ajoute une source industrielle.

Véritable serpent de mer, le dossier part du constat fait par l’Etat, actionnaire et premier client des deux entreprises, qu’en ces temps de restrictions budgétaires, il n’est plus possible de financer des bureaux d’études concurrents. En l’occurrence, deux activités de Thales et de Safran auxquelles la Défense consacre un demi-milliard d’euros par an se recouvrent : l’optronique (électronique appliquée à l’optique), et la navigation inertielle, qui permet à un objet de se repérer dans l’espace de façon autonome. Il s’agit de technologies pointues que très peu de pays maîtrisent, donc protégées des délocalisations.

« Rectifications de frontières »

Au-delà des questions de finances publiques, un rapprochement fait sens d’un point de vue stratégique. Combinées sous une forme ou une autre, l’optronique de Safran et celle de Thales dépasseraient le milliard d’euros de revenus, ce qui ferait de l’ensemble un leader mondial. Pour ce qui est de la navigation inertielle, un regroupement des forces serait un avantage, sans être suffisant, car les américains Honeywell et Northrop Grumman sont loin devant.

Décidé à faire bouger les lignes, Hervé Morin avait poussé les deux industriels à négocier fin 2009, sur la base d’un schéma proposé par la Direction générale de l’armement : l’optronique aurait été regroupée chez Thales et la navigation inertielle chez Safran. Pour équilibrer les échanges d’actifs, il était également question que Safran récupère la génération électrique (ex-Auxilec), l’avionique et les calculateurs de Thales. Malgré ses efforts, l’ex-ministre de la Défense a dû jeter l’éponge, buttant principalement sur des « questions de principe », témoigne un des négociateurs de l’époque.

Aujourd’hui, à part le ministre de la Défense, les acteurs de la pièce sont les mêmes : Luc Vigneron pour Thales avec Charles Edelstenne pour l’actionnaire Dassault ; Jean-Paul Herteman, côté Safran. Et le dossier reste aussi complexe. Les mêmes causes risquent donc de produire les mêmes effets, même si les discussions actuelles sont beaucoup plus intenses qu’il y a un an.

Gérard Longuet y croit en tout cas. Citant l’exemple du rapprochement Safran-SNPE dans la propulsion solide, le ministre avait déclaré début avril lors du colloque « Défense aéronautique » des « Echos » : « Il y aura d’autres rectifications de frontières. Elles devraient être possibles puisque, en général, ce sont des frontières qui ne séparent pas des pays antagonistes mais des sociétés qui ont le même actionnaire. » Contactés, Safran, Thales et le ministère de la Défense n’ont pas souhaité commenter.

ALAIN RUELLO, Les Echos

Source : les échos.fr

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