Fincantieri dans la tourmente

31/05/2011
Manifestations et protestations ont suivi, ces derniers jours, l’annonce d’un vaste projet de restructuration chez Fincantieri. Le géant italien de la construction navale, détenu par l’Etat, devrait supprimer 2500 postes sur les 8200 qu’il compte actuellement. Et, si la situation ne s’améliore pas aussi rapidement que miraculeusement, deux des huit chantiers du groupe, Castellammare di Stabia (Naples) et Sestri Ponente (Gênes), devraient être fermés. Cette réduction de voilure drastique n’est, malheureusement, pas une surprise. Depuis des mois, on savait un plan de restructuration de grande ampleur en cours d’élaboration, l’importante décrue constatée dans le carnet de commandes de Fincantieri imposant une rationalisation des effectifs et de l’outil industriel. En cela, la fermeture potentielle de Castellammare di Stabia n’a rien d’étonnante. Dès 2009, le chantier avait connu des mesures de chômage partiel et, même s’il a livré de très beaux ferries de croisière pour Grimaldi, ce site, avec sa cale de lancement sur plan incliné, n’est plus au gout du jour. La construction de deux patrouilleurs pour les garde-côtes italiens permettra, néanmoins, d’assurer un peu d’activité durant deux ans.
La croisière concentrée à Marghera et Monfalcone

Plus étonnant en revanche est le projet de fermeture de Sestri Ponente, qui dispose d’infrastructures plus modernes et a livré de nombreux navires de croisière ces dernières années. Mais, là encore, l’activité est de plus en plus réduite. Après la livraison du paquebot de luxe Marina (Oceania Cruises) en janvier dernier, l’établissement génois doit achever au premier semestre 2012 son sistership, le Riviera, qui fait déjà l’objet d’un partage de charge avec la réalisation de méga-blocs dans d’autres chantiers sous-employés. Et, en dehors de l’achèvement prochain du second pétrolier-ravitailleur commandé par la marine indienne, il n’y a plus aucun navire dans le plan de charge de Sestri Ponente.
Les commandes de paquebots n’étant plus suffisamment nombreuses, Fincantieri semble donc avoir décidé de concentrer cette activité sur les deux grands chantiers situés sur les bords de l’Adriatique, à savoir Monfalcone, près du siège du groupe à Trieste, et Marghera, en face de Venise. Des incertitudes pèsent également sur le site d’Ancône, qui a livré son dernier navire, L’Austral (Compagnie du Ponant), au mois d’avril, mais qui a sans doute encore une carte à jouer sur le segment haut de gamme. Situé au sud de Gênes, Riva Trigoso, devrait voir une bonne partie de ses activités transférées à Muggiano. Ce site, près de La Spezia, travaille sur le créneau des bâtiments militaire et celui des grands yachts. Quant à l’établissement de Palerme, il doit continuer de se concentrer sur le domaine de la réparation navale et des refontes.

Effondrement du carnet de commandes

Anticipée depuis longtemps, la baisse de charge chez Fincantieri est devenue vraiment réalité l’an dernier. Ainsi, en 2010, le chiffre d’affaires du groupe n’a atteint que 2.876 milliards d’euros, contre 3.27 milliards d’euros en 2009. Dans le même temps, le carnet de commandes passait de 10.1 milliards d’euros à 8.88 milliards d’euros fin 2010. C’est évidemment le secteur de la croisière, autour duquel Fincantieri structurait l’essentiel de son activité depuis de nombreuses années, qui est responsable de la situation actuelle. A l’été 2008, le carnet de commandes du groupe italien comprenait 16 navires de croisière à livrer d’ici 2012. Aujourd’hui, il n’y a en a plus que six, dont un, le Costa Favolosa, sera achevé à la fin du mois et entrera en service début juillet. Ensuite, il ne reste plus à Fincantieri que son sistership, le Costa Favolosa, ainsi que le Riviera et le Carnival Breeze, à livrer en 2012, puis seulement les deux nouveaux géants de Princess Cruises, dont la mise en service est programmée en 2013 et 2014.
Dans ce contexte, et même en rationalisant son outil industriel, Fincantieri doit, impérativement, engranger de nouvelles commandes. L’industriel compte évidemment sur son client principal, le groupe américain Carnival Corporation, qui compte de nombreuses filiales (CCL, Costa, Princess, P&O Cruises, Holland America, Cunard…) Des projets sont notamment à l’étude pour Costa et Holland mais, pour l’heure, rien n’a encore été signé. D’autant que la concurrence est très rude puisque Fincantieri n’est pas le seul constructeur en difficulté. Les chantiers français et finlandais de STX Europe cherchent, eux aussi, à regarnir leurs carnets de commandes, ce qui provoque apparemment une baisse significative des prix, dont le niveau serait redescendu à celui que l’on connaissait au début des années 2000. Dans ces condition, il est de bonne guerre, pour les armateurs, de profiter des déboires des chantiers pour faire baisser les tarifs, le temps jouant évidemment en faveur des compagnies.

Source: Mer et Marine

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