La folle semaine du Skylander de Geci International

19/04/2012 – Fabrice Gliszczynski

Une entreprise qui laisse entendre dans son communiqué que les pouvoirs publics partent en courant de son projet, un cours de Bourse suspendu pendant deux séances avant de faire les montagnes russes, et enfin les mêmes pouvoirs publics qui démentent vouloir se désengager, c’est la folle semaine qu’a connue Geci International, le concepteur d’un petit avion à hélices, le Skylander.

Tout a commencé le vendredi 13 avril dernier en fin de matinée. Geci International, la maison-mère de Geci Aviation, annonce dans un communiqué de presse qu’«à la suite de la diffusion d’informations confidentielles sur le financement du programme Skylander (un petit avions à hélices qui peut se poser sur des pistes difficiles, NDLR) il a demandé à 10h56 la suspension du cours des valeurs Geci International et Geci Aviation ». Une annonce surprenante après une semaine faste où le titre de Geci International a bondi de 89,7%. Peu de temps après en effet, les agences de presse Bloomberg, Reuters, AFP multiplient les dépêches en faisant état, sur la base d’un rapport d’experts, d’un montage du programme sous-financé et d’un besoin de ressources supplémentaires de 70 millions d’euros.

Vendredi, Geci annonce la caducité du protocole d’accord avec les pouvoirs publics

En fin de journée, un communiqué de Geci sur « le financement du programme Skylander » tombe. Il va droit au but : « Geci International a été informé de la caducité du protocole signé entre l’Etat, Geci International, la Région Lorraine et des investisseurs privés et annoncé le 1er février dernier ». Il enchaîne : « les premières conclusions des experts, mandatés par les acteurs du protocole (…) font apparaître un besoin de financement, jusqu’aux premières livraisons du Skylander, de l’ordre de 200 millions d’euros, à comparer aux 120 millions retenus dans le protocole ». Après l’évocation de différents points comme les coûts, et les besoins de fonds de roulement nécessaires au financement des premiers avions,  Geci conclut qu’il « privilégie une structuration de financement alternative du programme Skylander avec, en particulier le recours à des investisseurs privés de long terme et le possible adossement à des industriels ».

Le titre fait les montagnes russes
Selon une source ministérielle « ce communiqué peut en effet  laisser croire que l’Etat se désengage ». La presse l’a d’ailleurs interprété ainsi. Le week-end passe. Et le lundi 16 avril, la Région Lorraine monte au créneau pour affirmer son soutien à Geci. Le président  du conseil régional, Jean-Pierre Masseret, organise une conférence de presse à Metz pour assurer que « le conseil régional n’abandonne pas le dossier Skylander ». Il appelle l’Etat à inciter les industriels aéronautiques à s’engager dans le projet. Présent, le PDG de Geci, Serge Bitboul déclare être « extrêmement serein sur la finalisation du bouclage financier du Skylander ». Le lendemain, mardi 17 avril, le titre reprend sa cotation et dégringole de 27,52%, pour rebondir de 21,93% le jour suivant, mercredi 18 avril. Ce n’est pas le seul rebondissement de la journée.

« Quoi que dise Geci, l’Etat ne désengage pas »

En fin d’après-midi, à l’issue d’une réunion avec les ministres des transports Thierry Mariani, de la Défense, Gérard Longuet, et de la Formation professionnelle, Nadine Morano, Jean-Pierre Masseret déclare dans un communiqué : « L’Etat et la région ont confirmé leur participation financière, et l’industriel s’est engagé à apporter des financements complémentaires privés ». Une avancée réelle du rôle de l’Etat. La veille à Metz, il semblait plus se limiter à inciter les industriels du secteur à investir dans le Skylander, que de prendre une participation financière dans le projet.  Pour conforter le message, le ministère des Transports déclare peu de temps après à l’AFP : « Quoi que dise Geci à aucun moment l’Etat ne se désengage. L’Etat soutient et examine, à côté d’autres investisseurs privés, la possibilité de soutenir davantage le développement de ce projet ». L’engagement sur les 60 millions d’euros d’investissements de l’Etat sont toujours d’actualité, dit-on.

La communication de Geci pointée du doigt 
Bref , un retournement de situation rocambolesque. Du côté des ministères, on pointe du doigt la communication de Geci dans cette affaire. « Au cours de la réunion, on leur a dit de faire attention. On ne peut pas jouer comme cela avec les petits porteurs », explique à La Tribune une source ministérielle. Selon cette même source, le communiqué de vendredi soir a pourtant été validé par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). En outre, la caducité du protocole annoncée vendredi dernier remonterait en fait à environ un mois et demi, toujours selon cette source qui précise : « ce n’est pas l’audit qui a cassé le fameux protocole et ce n’est pas l’Etat qui est à l’origine de sa caducité. Nous, nous continuons ». Pour l’heure, les différentes parties cherchent à adosser Geci à un industriel.

Contactés par La Tribune, l’AMF et Serge Bitboul n’ont pas été mesure de retourner notre appel. Ce jeudi, le cours de Geci International a perdu 7,63%.

Source: la Tribune

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