Alliance sino-russe pour casser le duopole Airbus-Boeing

06/05/2012

par Véronique GUILLERMARD

OAK et Comac s’associent pour lancer un concurrent de l’A 330 ou du B 777 à l’horizon 2020.

Dans le cadre de la visite de Vladimir Poutine en Chine, Pékin et Moscou ont annoncé mercredi 6 juin, un renforcement de leur coopération économique dans plusieurs domaines stratégiques dont l’aéronautique. Ils ont décidé de créer une entreprise commune associant OAK, le holding russe qui regroupe les actifs des avionneurs locaux, et le constructeur public Comac. Son objectif? Casser le duopole AirbusBoeing sur le marché des appareils long-courriers en développant un avion de type A 330 ou B 777.

Le futur appareil, qui bénéficiera d’un budget de plus de 10 milliards de dollars, s’inspirerait de l’actuel Illiouchine 96, un long-courrier russe en service depuis 1993 notamment au sein de l’Aeroflot. Selon la presse locale, l’avion sera assemblé en Chine, qui fournira le financement. Afin de répondre aux standards de l’aviation moderne, l’Illiouchine devra être profondément modernisé pour tenter de s’imposer face aux appareils occidentaux.

Ce nouvel avion, qui espère entrer en service aux alentours de 2020, devra apporter des innovations majeures, notamment en matière d’économies de carburant, des garanties en termes de fiabilité, ainsi qu’un réseau mondialisé de centres de maintenance. Un véritable défi à la fois technologique et commercial, comme le montre la tentative de Comac avec son C 919, et de Bombardier avec son CSeries, de concurrencer Airbus et Boeing sur un autre segment du marché, celui des moyen-courriers de type A 320 et B 737. Le premier, décrit par les experts de l’industrie comme «une copie de l’A 320», a engrangé quelque 240 commandes, tandis que l’avion canadien totalise seulement 138 commandes.

Partages de compétences

Face à ces nouveaux entrants, Airbus et Boeing ont réagi en lançant des versions remotorisées de leurs appareils (le NEO et le MAX) qui ont accumulé en moins d’un an plus de 2 500 commandes. Un succès fulgurant qui a fait reculer le brésilien Embraer, un temps tenté de lancer lui aussi un moyen-courrier (nos éditions du 6 juin).

Sur le marché encore plus technologique des long-courriers, Airbus et Boeing ont pris de l’avance en lançant l’A 350 XWB, dont la première livraison est prévue mi-2014, et le B 787 Dreamliner, en service depuis quelques mois. Ce sont des appareils de conception très complexe qui utilisent massivement les matériaux composite. Le futur long-courrier sino-russe aura beaucoup à prouver pour convaincre. D’où le recours à des partages de compétences. Allié à OAK, Comac a également signé une alliance avec le canadien Bombardier.

Airbus et Boeing ont repoussé dans le temps la menace. Mais d’ici vingt à trente ans, il n’y a pas de raison pour que Chinois et Russes financés sur fonds publics ne réussissent pas à émerger dans le ciel mondial. Ils ne veulent pas laisser aux seuls Airbus et Boeing la possibilité de répondre aux besoins en forte croissance de leur marché intérieur et veulent à terme exporter.

À l’instar de Falc, le joint-venture qui associe au sein du site de Tian Jin, Airbus, China Aviation Industry Corp et la ville. Jean-Luc Charles, le directeur de la coentreprise, a annoncé mardi 5 juin que l’usine serait capable de livrer des clients non-chinois à partir de décembre avec trois ans d’avance sur le calendrier prévisionnel. En septembre, l’usine doit livrer un A 320 à la malaise Air Asia, son premier client étranger. Il s’agira du centième «A 320 chinois» assemblé à Tian Jin.

Source: le Figaro

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Le futur moyen courrier russe MS-21 s’offre les moteurs de Pratt & Whitney

23/04/2012 – Emmanuel Grynszpan, à Moscou

Le moyen courrier russe MS-21 sera équipé au choix d’un réacteur américain ou russe. Le futur concurrent des monocouloirs de Boeing et d’Airbus, composé à 35 % de matériaux composite, entrera sur le marché autour de 2020.

Tout comme le dernier avion civil russe, le Sukhoi Superjet, le MS-21 recevra lui aussi un moteur étranger. Déterminée à revenir sur le marché de l’aéronautique civile après 20 années d’absence, la Russie intègre au maximum les technologies étrangères pour rattraper son retard. Constructeur du MS-21, la société d’Etat Irkut, plus connue pour ses célèbres avions de combat Sukhoï, devrait signer à la mi-mai un contrat avec le motoriste américain Pratt & Whitney.

Le quotidien russe « Kommersant » rapporte qu’Irkut va acheter « pour commencer » 100 réacteurs PW1000G pour son bimoteur MS-21. Des réacteurs coûtant 5,4 millions de dollars à l’unité. Le nouveau moteur de Pratt & Whitney a déjà été sélectionné comme moteur exclusif pour le C-Series de l’avionneur canadien Bombardier et du japonais Mitsubishi Regional Jet (MRJ). Il est également dans le catalogue d’Airbus pour l’A320 Neo.

Irkut est également tenu par son propriétaire OAK (corporation d’Etat russe regroupant la quasi totalité des actifs aéronautiques du pays) d’offrir à ses clients le choix d’un autre moteur. Logiquement, c’est le russe ODK (filiale d’OAK regroupant les fabriquant de réacteurs), qui a été choisi pour équiper le MS-21. Ce futur moteur, le PD-14, va également recevoir une commande de 100 exemplaires. Le PD-14 coûte 6 millions de dollars à l’unité. Selon Kommersant, Pratt & Witney sont disposés à offrir des rabais importants par rapport au prix catalogue.

Safran pas intéressé

La filiale motoriste de Safran, Snecma, qui fabrique le moteur de l’avion régional Superjet 100 de Sukhoï, en partenariat avec le russe Saturn, ne s’est pas porté candidat à l’appel d’offre du MS-21. « Nous avons déjà fort à faire avec le Superjet », confie une source chez Snecma. « Les Russes ont choisi des partenaires européens pour le Superjet tandis que pour le MS-21, ils piochent plutôt dans les technologies américaines, ce qui est logique ».

La production en série du MS-21, qui était à l’origine prévue pour 2016, vient d’être reportée à 2020, selon le vice-Premier ministre, Dmitri Rogozine. Les essais vont démarrer en 2015-2016, précise-t-il dans des propos rapportés par Interfax. Premier avion moyen courrier conçu depuis la fin de l’époque soviétique, le MS-21 devra transporter jusqu’à 212 passagers sur 5.500 kms, suivant les versions. Son prix doit être autour de 65 millions de dollars.

L’avion qui n’existe aujourd’hui que sous forme de maquette, possède déjà à son actif 156 commandes fermes, dont 50 de la compagnie malaisienne Crecom, auxquelles il faut ajouter 84 options.

Source: la Tribune / AFP